{"id":1230,"date":"2023-07-22T22:47:00","date_gmt":"2023-07-22T20:47:00","guid":{"rendered":"https:\/\/www.aecoute.net\/?p=1230"},"modified":"2023-07-22T22:57:19","modified_gmt":"2023-07-22T20:57:19","slug":"reveries-dun-promeneur-solitaire","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.aecoute.net\/index.php\/2023\/07\/22\/reveries-dun-promeneur-solitaire\/","title":{"rendered":"R\u00eaveries d&rsquo;un promeneur solitaire"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/www.aecoute.net\/wp-content\/uploads\/2023\/07\/aecoute_The_daydreams_of_a_solitary_walker_as_dusk_begins_to_fa_e0c1bd5c-a299-47b3-878e-3fc9164b441e.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-1234\" srcset=\"https:\/\/www.aecoute.net\/wp-content\/uploads\/2023\/07\/aecoute_The_daydreams_of_a_solitary_walker_as_dusk_begins_to_fa_e0c1bd5c-a299-47b3-878e-3fc9164b441e.png 1024w, https:\/\/www.aecoute.net\/wp-content\/uploads\/2023\/07\/aecoute_The_daydreams_of_a_solitary_walker_as_dusk_begins_to_fa_e0c1bd5c-a299-47b3-878e-3fc9164b441e-300x300.png 300w, https:\/\/www.aecoute.net\/wp-content\/uploads\/2023\/07\/aecoute_The_daydreams_of_a_solitary_walker_as_dusk_begins_to_fa_e0c1bd5c-a299-47b3-878e-3fc9164b441e-150x150.png 150w, https:\/\/www.aecoute.net\/wp-content\/uploads\/2023\/07\/aecoute_The_daydreams_of_a_solitary_walker_as_dusk_begins_to_fa_e0c1bd5c-a299-47b3-878e-3fc9164b441e-768x768.png 768w\" sizes=\"(max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Samedi 22 juillet, 20h30, j&rsquo;ai besoin de marcher. Les souvenirs me rattrapent ; je ne peux pas courir plus vite qu&rsquo;eux. Combien de temps, combien d&rsquo;ann\u00e9es d\u00e9j\u00e0 que tu n&rsquo;es plus l\u00e0 ? Dans le lointain, sur la place de P\u00e9ruwelz, les man\u00e8ges font leur tintouin, mais ma t\u00eate n&rsquo;est pas vraiment \u00e0 la f\u00eate.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il y a combien de temps d\u00e9j\u00e0 ? C&rsquo;\u00e9tait en 2015, tu avais emmen\u00e9 Louane \u00e0 la foire ce dimanche-l\u00e0. Tu l&rsquo;avais promen\u00e9e dans le parc et les attractions. Vous \u00e9tiez revenus avec une grosse peluche : une souris avec une t\u00e9tine dans la bouche. Ce sera pour elle ton cadeau d&rsquo;adieu. Moi, j&rsquo;\u00e9tais rest\u00e9 \u00e0 ta maison \u00e0 regarder l&rsquo;arriv\u00e9e du Tour de France. Je ne r\u00e9alisais pas que cette arriv\u00e9e cachait un d\u00e9part d\u00e9finitif, le tien. Trois jours plus tard, boum patatra, un coup de fil m&rsquo;annon\u00e7ant que tu n&rsquo;\u00e9tais plus de ce monde. C&rsquo;est un peu horrible, j&rsquo;avoue, pas de tristesse, mais quand m\u00eame, quelque chose est parti avec toi. Quelque chose est aussi rest\u00e9 avec moi, comme transmis.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je m&rsquo;attarderai sur la transmission agr\u00e9able. Pour la d\u00e9sagr\u00e9able, j&rsquo;ai de quoi d\u00e9velopper tout un volume, et d&rsquo;ailleurs je ne m&rsquo;en prive pas. Mais ici, je voudrais m&rsquo;attacher surtout \u00e0 ce legs positif que tu m&rsquo;as laiss\u00e9, que tu as laiss\u00e9. Un go\u00fbt pour la p\u00e9dagogie, un souci de t&rsquo;occuper de tes petites-filles, un besoin d&rsquo;\u00eatre connu et reconnu. J&rsquo;aurais quand m\u00eame pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 que nous ayons eu une relation moins conflictuelle. Pourquoi diable voulais-tu instituer une relation de pouvoir l\u00e0 o\u00f9 il n&rsquo;y en avait pas besoin ? Je cherche toujours \u00e0 comprendre. Peut-\u00eatre une maladie familiale ?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Bref, tu as fini la symphonie d\u00e9concertante de ta vie sur une note agr\u00e9able, et gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;effet de r\u00e9cence, tu laisseras une marque positive. N&rsquo;est-ce pas l&rsquo;essentiel ?<br>Ce que je peux te dire \u00e9galement, c&rsquo;est que depuis que tu es parti, je me sens le prochain sur la liste. Qu&rsquo;est-ce que \u00e7a peut me motiver ! Du c\u00f4t\u00e9 masculin, ce sera moi. Fatalement, il n&rsquo;y en a pas d&rsquo;autres ! Je suis l&rsquo;ultime maillon de la cha\u00eene en extinction des Monsieur Rivi\u00e8re. Comme le dernier des Mohicans. Je voudrais au moins une fin glorieuse, faute de transmettre un gar\u00e7on \u00e0 la prochaine g\u00e9n\u00e9ration. Heureusement, il reste des petites filles, mais pour le nom Rivi\u00e8re, \u00e7a me semble compliqu\u00e9 qu&rsquo;il puisse perdurer.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Que reste-t-il apr\u00e8s la fin ? Les souvenirs, une photo dans un cadre et puis, quand les gens qui se souviennent de vous seront partis, plus rien ! Ah ! Cette fichue qu\u00eate de l&rsquo;immortalit\u00e9 ! Ce grand \u0153uvre de la continuit\u00e9 ! Restera-t-il m\u00eame de l&rsquo;humain un beau matin ? Vanit\u00e9 des vanit\u00e9s, tout est vanit\u00e9. Et pourtant, tous ces liens, toutes ces relations, tout ce tissu social, tout ce tissu familial qui se d\u00e9roule, s&rsquo;enroule et nous roule dans la farine d&rsquo;un pain \u00e0 partager pour notre humanit\u00e9. Quel sens a cette vie ? Quel sens a cet oubli ? Une \u0153uvre \u00e0 laisser ? Encore faut-il qu&rsquo;elle survive, qu&rsquo;elle nous survive, et pour combien de temps encore ? Tout le monde n&rsquo;est pas un Platon, tout le monde n&rsquo;est pas un Montaigne, tout le monde n&rsquo;est pas un Blaise Pascal, tout le monde n&rsquo;est pas Jean de La Fontaine ni Jean-Jacques Rousseau, promeneur solitaire sur cette terre.<br>Et si l&rsquo;humain dispara\u00eet, que restera-t-il ?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Vanit\u00e9 des vanit\u00e9s, poussi\u00e8re sur le confetti de la terre. Quel sens de chercher ce sens quand on n&rsquo;est qu&rsquo;une poussi\u00e8re dans cet univers ? Je me le demande souvent.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">D\u00e9sol\u00e9 papa, je te donne peut-\u00eatre mal \u00e0 la t\u00eate avec mes \u00e9tats d&rsquo;\u00e2me. Au cas o\u00f9 tu aurais encore la possibilit\u00e9 d&rsquo;avoir mal \u00e0 la t\u00eate ou de m&rsquo;\u00e9couter, car en d\u00e9finitive, peut-\u00eatre es-tu bien tranquille, install\u00e9 dans ton n\u00e9ant. Peut-\u00eatre es-tu comme certains aiment \u00e0 le peindre, une \u00e9toile brillant dans notre ciel, c&rsquo;est tr\u00e8s joli et po\u00e9tique, mais peut-\u00eatre aussi un rien, trop beau pour \u00eatre vrai. La loi de la Nature, c&rsquo;est que quand les atomes finissent d&rsquo;\u00eatre rassembl\u00e9s pour remplir leurs t\u00e2ches, ils se s\u00e9parent et retournent \u00e0 d&rsquo;autres t\u00e2ches. Atomes en fusion, fission, \u00e9nergie, univers quantique, trou noir. Un jour, quelque part sur une petite plan\u00e8te perdue, des cerveaux ont commenc\u00e9 \u00e0 prendre conscience du monde dans lequel ils vivaient, et depuis, quelle aventure ! Ils se sont mis au centre de l&rsquo;univers, alors qu&rsquo;ils n&rsquo;en sont qu&rsquo;un point, mais de leur point de vue, ils sont au centre. Se voir au centre ou voir du centre, quelle perspective, mais se croire le centre, quelle erreur ! Pauvre homme, pauvre \u00eatre humain qui se croit si grand, ce roseau pensant, mais si peu aussi en v\u00e9rit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">21h10, je suis \u00e0 la moiti\u00e9 du chemin, des lapins gambadent dans les pr\u00e9s, ils s&rsquo;\u00e9gayent dans tous les sens. J&rsquo;ai faim. Quelle conscience un lapin a-t-il de cette vie o\u00f9 il gambade entre herbe et serpolet ? Je n&rsquo;en sais trop rien, je ne peux qu&rsquo;imaginer. Quelle vision un lapin a-t-il du bonheur ? Je n&rsquo;en sais rien, je ne peux \u00e9galement qu&rsquo;imaginer. A-t-il un sens \u00e0 sa vie de lapin ?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Merde, voil\u00e0 qu&rsquo;il pleut, il serait temps que je rentre avant d&rsquo;\u00eatre tremp\u00e9. Parfois, il faut que la r\u00e9alit\u00e9 vienne nous tirer du r\u00eave \u00e9veill\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L&rsquo;eau est l\u00e0, elle tombe, elle dissout les \u00e9l\u00e9ments. Chaque \u00e9l\u00e9ment s&rsquo;\u00e9clate en particules qui se dispersent. Ainsi en va-t-il de nos atomes, qui retourneront un jour au grand tout et qui, bien qu&rsquo;ils ne forment plus un tout, constituent d&rsquo;autres entit\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il en va de m\u00eame pour tout ce que nous avons accompli : c&rsquo;est comme une cha\u00eene de transmission qui ne cesse de se propager \u00e0 travers le temps. Notre existence laisse des empreintes, des souvenirs, des id\u00e9es qui continueront \u00e0 influencer ceux qui viendront apr\u00e8s nous. Mais comme dans l&rsquo;\u00e2me des po\u00e8tes, le nom de l&rsquo;auteur est perdu. Comme dans le d\u00e9sert de White Sands, au Nouveau-Mexique, les traces, les empreintes d&rsquo;un humain persistent, mais on ne sait plus qui \u00e9tait ce dernier.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Au-del\u00e0 de cette transmission mat\u00e9rielle, il subsiste \u00e9galement des souvenirs intangibles, des \u00e9motions partag\u00e9es, des moments de bonheur et de tristesse qui se fondent dans l&rsquo;histoire collective de l&rsquo;humanit\u00e9. Chaque vie, aussi insignifiante soit-elle \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle de l&rsquo;univers, contribue \u00e0 tisser la trame complexe de l&rsquo;exp\u00e9rience humaine.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Peut-\u00eatre que l&rsquo;immortalit\u00e9 ne r\u00e9side pas dans la qu\u00eate \u00e9go\u00efste de laisser une trace ind\u00e9l\u00e9bile, mais plut\u00f4t dans le fait de se fondre harmonieusement dans cette symphonie de la vie. Accepter que tout est \u00e9ph\u00e9m\u00e8re, mais que ce caract\u00e8re fugace est justement ce qui donne de la valeur \u00e0 chaque instant.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ainsi, que nous soyons des \u00e9toiles brillantes dans le ciel ou de modestes promeneurs solitaires, notre destin\u00e9e commune est de participer \u00e0 ce grand ballet de l&rsquo;existence. Vivre intens\u00e9ment, aimer, partager, apprendre, grandir : tout cela compose notre passage \u00e9ph\u00e9m\u00e8re sur cette petite plan\u00e8te perdue dans l&rsquo;immensit\u00e9 de l&rsquo;univers.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Et donc, lorsque viendra notre propre \u00ab\u00a0dernier tour de piste\u00a0\u00bb, nous pourrons \u00eatre satisfaits d&rsquo;avoir contribu\u00e9, \u00e0 notre mani\u00e8re, \u00e0 cette danse cosmique, sachant que nos actions, nos mots et nos r\u00eaves auront trouv\u00e9 leur place dans le vaste tableau de la vie, l\u00e0 o\u00f9 tout se termine et tout commence.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Alors, promeneur solitaire, continue ton chemin, laisse tes traces dans le sable du temps, et que la beaut\u00e9 de l&rsquo;\u00e9ph\u00e9m\u00e8re te guide vers un sens profond, celui qui se d\u00e9couvre au c\u0153ur de l&rsquo;instant pr\u00e9sent. Et ainsi, peu importe la fin, car dans l&rsquo;infini de l&rsquo;univers, tout est reli\u00e9, tout est un.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Samedi 22 juillet, 20h30, j&rsquo;ai besoin de marcher. Les souvenirs me rattrapent ; je ne peux pas courir plus vite qu&rsquo;eux. Combien de temps, combien d&rsquo;ann\u00e9es d\u00e9j\u00e0 que tu n&rsquo;es plus l\u00e0 ? Dans le lointain, sur la place de P\u00e9ruwelz, les man\u00e8ges font leur tintouin, mais ma t\u00eate n&rsquo;est pas vraiment \u00e0 la f\u00eate. 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