{"id":1745,"date":"2024-04-10T09:06:08","date_gmt":"2024-04-10T07:06:08","guid":{"rendered":"https:\/\/www.aecoute.net\/?p=1745"},"modified":"2024-04-10T09:06:09","modified_gmt":"2024-04-10T07:06:09","slug":"un-petit-monsieur-bourre-dans-un-wagon-qui-lest-tout-autant","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.aecoute.net\/index.php\/2024\/04\/10\/un-petit-monsieur-bourre-dans-un-wagon-qui-lest-tout-autant\/","title":{"rendered":"Un petit monsieur bourr\u00e9 dans un wagon qui l&rsquo;est tout autant !"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"585\" src=\"https:\/\/www.aecoute.net\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/436351192_10226825142957032_6137698747141396117_n-1024x585.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-1746\" srcset=\"https:\/\/www.aecoute.net\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/436351192_10226825142957032_6137698747141396117_n-1024x585.jpg 1024w, https:\/\/www.aecoute.net\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/436351192_10226825142957032_6137698747141396117_n-300x171.jpg 300w, https:\/\/www.aecoute.net\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/436351192_10226825142957032_6137698747141396117_n-768x439.jpg 768w, https:\/\/www.aecoute.net\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/436351192_10226825142957032_6137698747141396117_n-1536x878.jpg 1536w, https:\/\/www.aecoute.net\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/436351192_10226825142957032_6137698747141396117_n-1200x686.jpg 1200w, https:\/\/www.aecoute.net\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/436351192_10226825142957032_6137698747141396117_n.jpg 1792w\" sizes=\"(max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00catre ivre, quelle incongruit\u00e9, quelle aberration de la nature, un outrage \u00e0 Bacchus lui-m\u00eame ! Et cet individu, qui plus est, ose troubler mon sanctuaire ferroviaire avec sa verve de stade de football. Sacril\u00e8ge ! Cet homme, dont la capacit\u00e9 \u00e0 \u00e9lever le d\u00e9bat se trouve noy\u00e9e dans son breuvage houblonn\u00e9, tente de m&rsquo;adresser la parole. \u00d4, triste sort ! Le voici qui, dans son \u00e9garement \u00e9thylique, aborde le noble sujet du football, essayant de jongler avec les mots comme avec un ballon, mais h\u00e9las, il est hors-jeu. Son discours, un hommage au n\u00e9ant, empeste l&rsquo;ineptie. J&rsquo;aurais pu tol\u00e9rer sa pr\u00e9sence, pour l&rsquo;amour de l&rsquo;humanit\u00e9 et du vin, mais un pochard, c&rsquo;est au-dessus de mes forces. Tel un Hercule des temps modernes, je r\u00e9siste \u00e0 la tentation de r\u00e9pondre \u00e0 cet \u00e9nergum\u00e8ne, ce baladin du train craint quotidien, qui se d\u00e9bat dans sa farce path\u00e9tique. Silence, je garderai, face \u00e0 ce pantin de la cuite, ce troubadour des bistrots.<br>Quel bonheur paradoxal de chercher asile dans le concert de ferrailles de ce train, ce dragon d&rsquo;acier rugissant et soufflant, contre la logorrh\u00e9e embrouill\u00e9e d&rsquo;un po\u00e8te de comptoir ! Oui, j&rsquo;aspire \u00e0 me perdre dans le vacarme rassurant de ces roues cliquetant sur les rails, dans le soupir des portes automatiques, dans le chuchotement des voyageurs absorb\u00e9s par leurs pens\u00e9es ou leurs \u00e9crans. En effet, le bruit du train, ce chaos orchestr\u00e9 de m\u00e9tal et de vitesse, semble une douce m\u00e9lodie compar\u00e9 au baragouinage de ce maestro de la mousse, ce Socrate du zinc qui, de sa voix p\u00e2teuse, tente de transformer le wagon en un forum de d\u00e9bat sur le foot et sa vie qui ferait mieux de rester priv\u00e9e. La m\u00e9lodie m\u00e9canique du train, ses grincements, ses sifflements, ses ronronnements, devient une symphonie dans laquelle je me plonge, cherchant un refuge sonore face \u00e0 l&rsquo;ivresse verbale de mon voisin \u00e9gar\u00e9. Chaque son du train, du fr\u00e9missement des freins \u00e0 la respiration haletante du moteur, est une note dans une partition qui m&rsquo;\u00e9loigne de la prose cacophonique de ce buveur errant et vitup\u00e9rant. Ainsi, dans ce cocon de bruits industriels, je me blottis, fuyant les d\u00e9lires d&rsquo;un buveur de bi\u00e8re qui, dans son enivrement, se prend pour un oracle du football, un chroniqueur du manque de savoir-vivre. Que la rumeur du train continue, que ses bruits couvrent les divagations de cet \u00e9chanson de l&rsquo;\u00e9ph\u00e9m\u00e8re !<br>Dans ce wagon, th\u00e9\u00e2tre d&rsquo;acier et de hasards, un petit monsieur, gonfl\u00e9 d&rsquo;alcool et de bonnes intentions aussi bruyantes que vaines, veut arttirer le feu de la poursuite soudain sur sa sc\u00e8ne de m\u00e9nage. Tel un h\u00e9raut des temps modernes, lest\u00e9 de son breuvage et de sa jovialit\u00e9 pitoyable, il tente de m&rsquo;interpeller. Mais h\u00e9las, pauvre h\u00e8re, je suis une \u00eele imp\u00e9n\u00e9trable, un rocher sourd \u00e0 ses vagues alcoolis\u00e9es. Il gesticule, il vocif\u00e8re, arm\u00e9 de sa verve tremp\u00e9e dans le houblon, cherchant d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment \u00e0 accoster ma conscience. Mais je reste imperturbable, une forteresse de silence, imperm\u00e9able \u00e0 ses tentatives d&rsquo;invasion verbale. Noy\u00e9 dans son ivresse, ce petit monsieur, mi-carnaval, mi-trag\u00e9die, ignore qu&rsquo;il danse seul sur la sc\u00e8ne de ma totale indiff\u00e9rence feinte. Ses paroles, bien qu\u2019emplies d\u2019une ivresse joviale, rebondissent sur le mur de mon d\u00e9sint\u00e9r\u00eat, comme des fl\u00e8ches sur une armure. Oh, quel spectacle que cet homme, un Pantagruel miniature, un Bacchus de pacotille, qui, dans son \u00e9lan bris\u00e9 d&rsquo;alcool et de candeur, trouve en moi un spectateur r\u00e9calcitrant, indiff\u00e9rent \u00e0 sa com\u00e9die.<br>Enfin, le moment est arriv\u00e9, le moment b\u00e9ni o\u00f9 notre cher Dionysos des banlieues, cet Apollon du comptoir, choisit de quitter le wagon. Ah, quelle lib\u00e9ration ! Tel un ballon d&rsquo;h\u00e9lium rel\u00e2ch\u00e9 par un enfant distrait, il s&rsquo;envole, s&rsquo;\u00e9vanouit de mon univers, me laissant dans un soulagement euphorique. Alors qu&rsquo;il se l\u00e8ve, titubant, un \u00e9quilibriste sur le fil de la sobri\u00e9t\u00e9 perdue, le wagon semble soudainement plus grand, plus silencieux, comme lib\u00e9r\u00e9 de la pr\u00e9sence envahissante de ce m\u00e9nestrel de la bi\u00e8re. Son d\u00e9part, une sc\u00e8ne digne d&rsquo;une trag\u00e9die grecque, se joue dans un silence presque solennel. Le soulagement se r\u00e9pand dans l&rsquo;air comme un parfum agr\u00e9able apr\u00e8s une averse. Son si\u00e8ge, maintenant vide, semble encore marqu\u00e9 par l&rsquo;aura de son occupant, un fant\u00f4me \u00e9thylique qui s&rsquo;estompe doucement. \u00ab\u00a0Ouf !\u00a0\u00bb exhale mon \u00e2me, lib\u00e9r\u00e9e de cette com\u00e9die humaine involontaire. Enfin, le calme, comme apr\u00e8s une temp\u00eate, revient s&rsquo;installer dans mon petit univers ferroviaire. La tranquillit\u00e9 retrouv\u00e9e, je peux enfin retourner \u00e0 mes pens\u00e9es, mes r\u00eaveries, sans \u00eatre perturb\u00e9 par les vagues de cet oc\u00e9an d&rsquo;alcool et de loquacit\u00e9.<br>Tiens, la contr\u00f4leuse ! Surgissant comme les carabiniers d&rsquo;Offenbach, elle fait son entr\u00e9e dans ce wagon, d\u00e9j\u00e0 th\u00e9\u00e2tre en rel\u00e2che d&rsquo;une com\u00e9die humaine plus arros\u00e9e qu&rsquo;un banquet de Bacchus. Avec un timing digne d&rsquo;une farce op\u00e9ratique, elle apparait, alors que le perturbateur \u00e9thylique vient de prendre cong\u00e9. Quel sens du spectacle ! Me voici tent\u00e9 de lui poser la question qui br\u00fble mes l\u00e8vres : \u00ab\u00a0Excusez-moi, madame la contr\u00f4leuse, la SNCB envisagerait-elle de compenser ses voyageurs pour avoir subi la compagnie d&rsquo;un pochard bavard ? Une sorte de prime de risque pour avoir navigu\u00e9 dans les vapeurs d&rsquo;un Bacchus Comulolibrius ?\u00a0\u00bb<br>Oh, quelle id\u00e9e savoureuse ! Imaginons un instant que dans leur infinie sagesse, les chemins de fer instituent une telle politique ! Un syst\u00e8me de d\u00e9dommagement pour avoir endur\u00e9 les fac\u00e9ties d&rsquo;un Dionysos de seconde zone, un tarif r\u00e9duit pour chaque minute pass\u00e9e en compagnie d&rsquo;un amateur de raisin ferment\u00e9 trop bavard. La contr\u00f4leuse, gardienne des rails et des r\u00e8gles, pourrait ainsi devenir la messag\u00e8re des bonnes nouvelles, distribuant des bons de r\u00e9duction comme des m\u00e9dailles d&rsquo;honneur aux passagers \u00e9prouv\u00e9s par les al\u00e9as de leurs compagnons de voyage. Quelle r\u00e9volution dans le monde ferroviaire !<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00catre ivre, quelle incongruit\u00e9, quelle aberration de la nature, un outrage \u00e0 Bacchus lui-m\u00eame ! Et cet individu, qui plus est, ose troubler mon sanctuaire ferroviaire avec sa verve de stade de football. Sacril\u00e8ge ! 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